Des mots à des maux. La perte d'un enfant est un mal irréversible, le chagrin demeure.
L'enfant frêle qui m'était né,
Tantôt nous l'avons promené,
L'avons sorti de la maison,
Au gai du soleil de la saison,
L'avons conduit en mai nouveau,
Le long des champs joyeux et beaux,
Au bourg avec tous nos amis,
L'avons porté tout endormi...
Mais en vain le long du chemin,
Ont sonné les cloches, en vain,
Tant il était ensommeillé,
Tant il ne s'est pas réveillé.,
Au des gens amassés,
Quand sur la place il a passé.
D'autres que moi, cet aujourd'hui,
A l'égli ont pris soin de lui.
C'est le bedeau qui l'a bordé,
Dans son drap blanc , brodé d'argent.
C'est le curé qui l'a chanté,
Avec ses chantres à côté.
C'est le dernier qui l'a touché.
Le fossoyeur qui l'a couché,
Dans un berceau, trés creux , trés bas,
Pour que le vent n'y souffle pas,
Et jetté terre sur lui,
Pour le couvrir pendant la nuit .
Pour lui ce que chacun pouvaitc
Tant il a pu, chacun l'a fait.
Pour le bercer, pour le bénir bien,
Et le cacher au mal qui vient.
Allez-vous en! Allez-vous en!
La sombre heure arrive à présent.
Le soir tombe, allez! Partez tous!
Vos petits ont besoin de vous.
Rentrez chez vous et grand merci!
Mais il faut que je reste ici,
Avec le mien, j'attends le soir,
J'attends le froid, j'attends le noir.
Car j'ai peur que ce lit profond,
Ne soit pas sûr, ne soit pas bon.
Et j'attends dans l'ombre,
Pour savoir........
Si il ne pleure pas dedans.
Poème de Marie Noël ( décédée en 1967 ).
Extrait de son " Office pour l'enfant mort ". Edition Stock.