Des mots à des maux. La perte d'un enfant est un mal irréversible, le chagrin demeure.
Et si c'était la dernière que tu voyais,
Tu regarderais avec une telle attention
Que ton regard d'un seul coup, embrasserait tout l'horizon.
Et si c'était la dernière fois que tu marchais,
Tu poserais tes pieds avec tant de douceur et de légèreté,
Qu'ils deviendraient des ailes.
Et si c'était la dernière fois que tu respirais,
Tu humerais l'air avec un tel allant,
Que tu te trouverais vivant jusqu'à la fin des temps.
Et si c'était la dernière fois que tu pensais,
La plus vulgaire de tes pensées s'auréolerait de tant d'innocence,
Qu'elle te conduirait à la source du silence.
Et si c'était la dernière fois que de la solitude tu souffrais,
Tu serais si reconnaissant de connaître l'absence,
Que tu percevrais le parfum de l'éternelle présence.
Et si c'était la dernière fois que tu jugeais,
Tu serais confus de ce penchant coupable,
Que tu verrais le beau au sein du condamnable.
Et si c'était la dernière fois que tu te rémémorerais
Les bons moments et les mauvais,
Tu remercierais si fort de les avoir connus,
Que tu verrais les fils entre les deux tendus.
Et si c'était la dernière fois que tu créais,
Ton inspiration serait si féconde
Que tu pourrais comprendre l'origine du monde.
Et si c'était la dernière fois que tu aimais,
Tu glorifierais l'instant d'un tel zèle,
Qu'il emplirait ton coeur à jamais d'un amour universel.
Et si c'était la dernière fois que tu riais,
Ton esprit se dilaterait qu'au mirage du petit "je"
Jamais plus ne se prendrait.
Et si c'était la dernière fois que face à toi-même tu te trouvais,
Tu rentrerais dans ce jeu de miroir,
Que tu pourrais percer les mystère de ton histoire.
Et si c'était la dernière fois que tu lisais,
Les mots au fond de toi prendraient âme et corps
Et donneraient naissance à l' Etre que tu n'es pas encore.
Si tu fais toute chose avec autant de passion,
D'attention et d'Amour,
Que si c'était la dernière fois
Alors, ce sera là première fois où tu seras.
Texte de Gérard Bellebon